Ma vie corporelle est soumise à la souffrance et à la mort, et aucun effort de ma part ne peut m’en délivrer. Ma vie spirituelle, en revanche, n’est soumise ni à la souffrance ni à la mort. Et donc, mon salut de la souffrance et de la mort ne tient qu’à une chose : transférer ma conscience dans mon moi spirituel.
Il y a deux manières de percevoir le monde. L’une — la plus grossière et la plus inévitable — se fait au moyen des cinq sens. Si c’était là le seul moyen de percevoir le monde, alors, au lieu de former en nous le monde que nous connaissons, il n’y aurait qu’un chaos dénué de sens. L’autre manière est celle-ci : après t’être perçu toi-même par un amour pour toi-même, tu utilises ce même amour pour percevoir d’autres êtres : les hommes, les animaux, les plantes, les pierres, les corps célestes, puis encore, au moyen de cet amour, tu perçois les relations entre ces êtres, et de ces relations tu formes le monde entier tel que nous le connaissons. Cette manière de percevoir rétablit l’unité entre les êtres que la première manière de percevoir avait brisée. Cette manière de percevoir est fondée sur l’amour, c’est-à-dire sur le fait de te fondre en tous les autres êtres, en Dieu.
« … mais que ta volonté soit faite, et non la mienne. » (Luc 22:42) « … non ce que je désire, mais ce que tu désires. » (Marc 14:36) « … non pas comme je veux, mais comme tu veux. » (Matthieu 26:39) — ?
Nous n’avons besoin que d’une seule chose : percevoir Dieu. Tous nos sens, toutes les puissances de l’âme et de l’intellect, tous les moyens extérieurs de compréhension ne sont en essence que des aperçus de la divinité, des manières d’adorer Dieu. Nous devons apprendre à nous détacher de tout ce qui peut être perdu, et à nous attacher exclusivement à l’éternel et à l’absolu ; tout le reste peut être apprécié comme des choses qui nous sont prêtées pour un temps. Adore, comprends, reçois, ressens, donne, agis — voilà ta loi, ton devoir, ton bonheur, ton ciel — advienne que pourra, même la mort. Établis une harmonie intérieure, vis devant Dieu, en communion avec lui, et laisse les forces éternelles, qui sont au-delà de ton contrôle, diriger ta vie. Si la mort ne te prend pas encore, tant mieux. Si elle t’emporte, alors, là encore, tant mieux. Si elle te tue partiellement, même cela vaut mieux : elle t’ouvre la voie du courage, du désintéressement et de la grandeur morale. Toute vie a sa grandeur, et puisqu’il t’est impossible de sortir de Dieu, il est préférable de le choisir consciemment comme demeure.
— Amiel
Tant de souffrances morales — et tout cela pour mourir après quelques minutes ! Qu’est-ce qui doit nous intéresser, et pourquoi ? Et pourtant, le temps n’est rien, et ta vie est pleine, et ce jour vaut mille ans si, durant ce jour, tu peux trouver Dieu.
— Amiel
Le cœur de la vie n’est ni dans la pensée, ni dans le sentiment, ni dans la volonté, ni même dans la conscience, en tant qu’elle pense, sent et veut, parce que la vérité morale peut être assimilée par tous ces moyens et pourtant nous échapper encore. Plus profond que notre conscience est notre être : notre essence, notre vraie base. Seules les vérités qui entrent dans cette sphère, devenant une partie de nous, de manière inattendue et involontaire, instinctive et inconsciente, constituent notre vraie vie, c’est-à-dire notre vrai moi. Tant que nous discernons une quelconque distance entre la vérité et nous-mêmes, nous sommes en dehors d’elle. La pensée, le sentiment, le désir, la conscience de la vie — tout cela n’est pas encore la vie. La paix et la tranquillité ne peuvent se trouver nulle part ailleurs que dans une vie éternelle. Et la vie éternelle est la vie divine, c’est Dieu. Être un être divin — voilà le but de la vie : seulement alors nous ne perdrons jamais la vérité, parce qu’elle ne sera plus hors de nous, ni même en nous, mais nous ferons partie d’elle, et la vérité fera partie de nous ; nous devenons une vérité, une volonté et une œuvre de Dieu. La liberté devient alors notre nature, la créature devient une avec son Créateur, elle se fond en lui par l’amour, elle devient ce qu’elle doit être. Son éducation est achevée, et sa béatitude finale commence. Le soleil du temps se couche et la lumière de la béatitude éternelle se lève.
— Amiel
L’essence de l’amour de Dieu consiste dans l’aspiration de l’âme vers son Créateur et dans son attraction vers lui, afin de se fondre dans sa lumière suprême.
— Le Talmud
Si tu veux percevoir le Soi universel, alors tu dois avant tout te connaître toi-même. Pour te connaître toi-même, tu dois sacrifier ton moi au Soi universel. Tu dois sacrifier ta vie si tu veux vivre en esprit. Détache tes pensées des choses extérieures et de tout ce qui apparaît du dehors. Efforce-toi de repousser les formes qui t’apparaissent afin qu’elles ne jettent pas leur ombre noire sur ton âme. Tes ombres vivent et disparaissent. Ce qui est en toi est éternel ; ce qui raisonne appartient à la vie impérissable. Ce qui est éternel est l’Être qui était, est et sera, et dont l’heure ne sonnera jamais.
— Sagesse brahmanique
Ce que nous appelons la fortune et le malheur de notre moi animal est hors de notre volonté, cela dépend de la Volonté suprême ; mais le bien ou le mal de notre moi spirituel dépend de nous, de notre obéissance ou de notre désobéissance à la Volonté suprême.
