Sagesses du 9 juin

L’organisation actuelle des sociétés chrétiennes est contraire au vrai sens de la loi chrétienne.

1

Presque toute la puissance de la raison humaine n’est pas dirigée vers la recherche des moyens d’alléger le travail des travailleurs, mais seulement vers la recherche des moyens d’alléger et d’embellir l’oisiveté des oisifs.

2

Les gens de notre temps se sont donné une vie contraire à la nature morale et physique de l’être humain, et ils déploient toutes leurs forces mentales pour persuader les gens que c’est là la vraie vie. Tout ce qui, de notre temps, porte le nom de culture : nos sciences, nos arts et nos progrès techniques — tout cela n’est qu’une tentative de tromper les exigences morales de l’être humain.

3

Si l’on jetait un regard sur notre monde, combien de folie on y verrait, combien de larmes on y verserait, de quel rire on rirait, combien de haine on ressentirait ! Nous agissons véritablement de telle sorte que nos actes sont à la fois ridicules, absurdes, pitoyables et odieux. Ici, un homme nourrit des chiens pour chasser des bêtes sauvages, et lui-même agit comme une bête ; là, un autre nourrit des bœufs et des ânes pour transporter des pierres, et pourtant il méprise des hommes qui meurent de faim ; il dépense de l’or en abondance pour tailler des hommes dans la pierre, alors que les hommes réels, ceux que le malheur a pétrifiés, il les laisse sans ressources. Un autre amasse de petites pierres précieuses et déploie de grands efforts à décorer des murs avec elles, mais la vue des membres des hommes ne le touche nullement. Certains inventent des vêtements pour protéger leurs vêtements, tandis que d’autres n’ont rien pour couvrir leur nudité.

L’un dépense tout son argent en prostituées et en oisifs, un autre en comédiens et en danseurs, un autre encore en bâtiments somptueux, en achat de domaines et de demeures. L’un passe son temps à compter les intérêts, un autre à compter les intérêts sur les intérêts, un autre encore rédige des papiers remplis de meurtres, sans pouvoir se reposer même la nuit, tandis qu’il travaille sans sommeil à la ruine d’autrui. À peine l’aube s’est-elle levée que quelqu’un se hâte après des profits iniques, qu’un autre les dépense en débauche, et que d’autres encore vont voler l’État. En général, les hommes se préoccupent tant de ce qui est superflu ou criminel, et ne donnent même pas une pensée passagère à ce qui est nécessaire.

Jean Chrysostome

4

De même qu’il est contraire à la loi de la nature qu’un enfant gouverne des adultes ou qu’un fou gouverne un homme sage, de même il est contraire à la loi de la nature qu’une poignée d’hommes soit rassasiée à l’excès tandis qu’une foule affamée est privée du nécessaire.

Rousseau

5

À l’âge du cannibalisme, les hommes se mangeaient les uns les autres en mangeant les corps d’autrui. Mais, malgré toutes les lois que les hommes ont établies, malgré les succès des sciences, des hommes puissants et sans cœur continuent aujourd’hui à vivre aux dépens des faibles, des malheureux et des insensés. Certes, ils ne mangent plus leur chair, ils ne boivent plus leur sang, mais ils vivent encore de leurs privations et de leurs besoins. Les pauvres, qui se brisent au travail et passent toute leur vie à se soucier de nourrir leur famille et eux-mêmes, sont en substance dévorés par leurs semblables. Quand on contemple la désagrégation du monde civilisé, ses troubles et ses larmes, ses rêves brisés et sa réalité pitoyable, ses famines et ses crimes, son humiliation et sa honte, on est forcé de conclure que le cannibalisme n’était pas une manière plus cruelle de vivre aux dépens d’autrui.

Lucy Mallory

Il y a toujours eu et il y aura toujours une seule tâche digne d’être à laquelle consacrer toute sa vie. Cette tâche consiste à entrer en relation avec les autres avec amour et à détruire les barrières qu’ils ont élevées entre eux.