La société ne peut être améliorée que par le perfectionnement moral de chacun.
Si l’État atteint son but, alors il établira la même condition que celle qui serait obtenue si chacun avait une disposition juste. Mais l’essence intérieure et l’origine de ces deux états — une apparence de justice et une justice complète — sont directement contraires l’une à l’autre. Autrement dit : dans le second cas, la situation serait telle que personne ne voudrait commettre d’injustice, tandis que dans le premier cas personne ne tolérerait l’injustice, et les moyens choisis répondraient parfaitement à ce but. Ainsi, il est possible d’atteindre une fin extérieure par deux moyens contraires. Ainsi, une bête de proie muselée est aussi inoffensive qu’un herbivore. Comme l’État ne peut aller au-delà de cette limite, il ne peut pas nous dévoiler le tableau qui surgirait d’une bienveillance et d’un amour mutuels entre tous.
— Schopenhauer
Près de la fenêtre devant laquelle j’écris, un grand taureau est attaché par un anneau passé dans son nez. Paissant en rond, il a enroulé sa corde autour du piquet au point de se retrouver prisonnier, taquiné par l’herbe abondante qu’il ne peut atteindre, incapable même de secouer la tête pour se débarrasser des mouches qui se pressent sur ses épaules. De temps à autre il lutte en vain, puis, après de pitoyables beuglements, retombe dans un silence misérable. Ce taureau, type même d’une force massive, qui, faute d’assez d’esprit pour voir comment se libérer, souffre du manque au milieu de l’abondance et se voit impuissamment exploité par des créatures plus faibles, me paraît être un symbole assez juste des masses laborieuses. Dans tous les pays, les hommes dont le travail crée une richesse abondante sont accablés par la pauvreté, et, tandis que la civilisation en progrès ouvre des horizons plus vastes et réveille de nouveaux désirs, ils sont maintenus à des niveaux bestiaux par des besoins animaux. Conscients amèrement de l’injustice, sentant au plus profond d’eux-mêmes qu’ils sont faits pour une vie moins étroite, eux aussi se débattent par à-coups et crient. Mais tant qu’ils ne remonteront pas des effets aux causes, tant qu’ils ne verront pas comment ils sont enchaînés et comment ils peuvent être libérés, leurs efforts et leurs cris seront aussi vains que ceux du taureau. Non, plus vains encore. Je sortirai et conduirai le taureau de manière à dérouler sa corde. Mais qui conduira les hommes à la liberté ? Tant qu’ils n’useront pas de la raison qui leur a été donnée, rien n’y fera. Sous toutes les formes de gouvernement, le pouvoir ultime repose sur les masses. Ce ne sont ni les rois, ni les aristocraties, ni les propriétaires fonciers, ni les capitalistes qui asservissent à eux seuls les peuples — c’est leur propre ignorance.
— Henry George
Il est impossible non seulement de combattre la mauvaise organisation de la société par la violence, mais encore de le faire même par une bonne organisation. Pourquoi ne pas organiser le travail ? Nous le pourrions. Mais il ne faut pas oublier qu’en organisant le travail, nous n’obtenons pas le bien-être de l’humanité, mais seulement le succès et la productivité du travail lui-même. Le bien-être de l’humanité ne peut être atteint que par une voie morale et religieuse indépendante. Car ce qu’il y a de triste et d’outrageant n’est pas seulement l’existence d’un mauvais ordre social, mais le fait que les hommes l’ont créé, le tolèrent et même l’utilisent à leurs propres fins égoïstes. Et ce qui nous outrage le plus est précisément ce qu’il faut combattre d’abord.
— Fyodor Strakhov
Nous vivons à l’époque de la discipline, de la culture et de la civilisation, mais nous sommes encore très loin de l’âge de la moralité. En considérant l’état actuel du peuple, nous pouvons dire que le bonheur des États grandit à mesure que le malheur du peuple augmente. Cela soulève la question : ne serions-nous pas plus heureux dans un état primitif, lorsque cette culture n’existait pas, plutôt que dans notre condition actuelle ? Car comment rendre les hommes heureux si on ne les rend pas moraux et sages ?
— Kant
Le seul moyen de surmonter les maux généraux de la société est le perfectionnement moral de sa propre vie.
