Les liens familiaux ne sont solides et bénéfiques que lorsqu’ils ne sont pas seulement familiaux, mais aussi religieux, lorsque tous les membres de la famille croient en le même Dieu et en sa loi. Sans cela, la famille est une source de souffrance, et non de joie.
L’égoïsme familial est plus cruel que l’égoïsme personnel. Une personne qui aurait honte de sacrifier le bien d’autrui pour elle seule estime pourtant de son devoir d’exploiter les malheurs et les besoins des autres pour le bien de sa famille.
Le bien de la famille est la justification la plus commune et la plus injuste des mauvaises actions. L’avarice, la corruption, l’oppression des travailleurs, les combines malhonnêtes — tout cela est justifié par l’amour de sa famille.
Les liens familiaux et nationaux ne peuvent ni ne doivent limiter l’âme. Dès sa naissance, l’être humain est entouré d’un petit nombre de personnes dont la douceur fait naître en lui le sentiment de l’amour de l’humanité. Mais lorsque les liens familiaux et nationaux deviennent exclusifs et qu’ils écartent les exigences communes de l’humanité, alors, au lieu d’être les éducateurs du cœur, ils en deviennent le tombeau.
— Channing
L’amour pour sa famille est un sentiment égoïste qui peut donc provoquer, mais non justifier, des actes injustes et peu charitables.
On lui dit : « Ta mère et tes frères se tiennent dehors, désirant te voir. » Mais il leur répondit : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. »
— Luc 8:20–21
Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi.
— Matthieu 10:31
« Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » (Luc 14:26) Par « haïr », le Christ ne veut pas dire qu’il rejette la famille ou qu’il enseigne la haine à son égard ; il veut dire seulement ce qui est dit dans Luc 8:21, à savoir que les personnes que le Christ, ses disciples et ses fidèles considèrent comme proches et chères ne le sont pas par les liens familiers, mais par leur union avec Dieu, et donc entre elles. Ces versets tentent naturellement ceux qui pensent à la condition d’une personne immorale et à une condition moralement plus élevée de père ou de mère de famille, mais qui ne pensent pas à la condition d’une personne religieuse pour qui la condition familiale n’est pas la plus haute, mais au contraire le plus souvent un obstacle à l’atteindre.
Certains cherchent le bien dans le pouvoir, d’autres dans la curiosité, dans les sciences, d’autres encore dans le plaisir. Ces trois sortes de désirs ont fondé trois écoles différentes, et tous les philosophes ont suivi l’une des trois. Mais ceux qui se sont approchés plus que personne de la vraie philosophie ont compris que le bien commun — l’objet de la quête de chacun — ne doit pas consister en quelque chose de privé, que seuls quelques-uns peuvent posséder et qui, étant séparé, déçoit plus souvent son propriétaire par ce qui lui manque qu’il ne lui apporte de plaisir par ce qu’il a. Ils ont compris que le vrai bien doit être tel que chacun puisse l’avoir en même temps, sans le diminuer et sans éprouver d’envie, et que personne ne puisse le perdre contre son gré.
— Pascal
Au sens moral, il n’y a rien de bon ni de mauvais dans l’amour pour sa famille, pas plus qu’il n’y en a dans l’amour de soi : l’un comme l’autre sont des phénomènes naturels. Au-delà de ses limites naturelles, cependant, l’amour de sa famille, comme l’amour de soi, peut devenir un vice, mais il ne peut jamais être une vertu.
