Semaine 202026

Lecture de la semaine 3 de mai

LA LOI DE LA VIOLENCE ET LA LOI DE L’AMOUR Un chrétien ne devrait pas recourir à la violence. On dit ainsi : « Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends‑lui aussi l’autre. » Le sens de ces paroles est que, lorsqu’on vous touche, il vaut mieux ne pas rendre coup pour coup, mais tendre la joue. C’est là la loi de Dieu telle qu’enseignée par le Christ (Nicol Mast). Celui qui commet la violence, quelle qu’en soit l’intention, agit de la même manière qu’un meurtrier ou qu’un fornicateur : le mal demeure mal, quel que soit le but poursuivi, celui qui l’accomplit, ou même le nombre des personnes impliquées. Le mal est toujours le mal, car tous les hommes sont égaux devant Dieu, et le commandement de Dieu ne ressemble pas aux lois humaines, avec leurs exceptions, leurs nuances, leurs variations selon le temps ou le lieu. Il n’existe qu’un seul commandement divin pour tous, parce que l’Esprit qui vit en nous est le même en tout être humain. Pour un chrétien, dans le dernier recours, il vaut mieux être tué que de devenir tueur, être maltraité que de maltraiter autrui ; il vaut mieux être violé que de violer soi‑même. Si les gens m’offensent, alors, en tant que chrétien, je dois penser ainsi : « J’ai aussi offensé les autres, c’est pourquoi Dieu m’envoie cette épreuve comme avertissement et purification de mes péchés. » Et si l’on m’offense alors que j’ai raison, je me sens doublement soutenu, car ainsi je deviens compagnon de ceux qui luttent pour la vie, pour la lumière, pour la liberté. On ne peut pas sauver son âme par le mal, ni parvenir au bien par le chemin du mal, tout comme on ne peut pas rentrer chez soi en continuant à s’en éloigner. Satan ne chasse pas Satan : le mal ne vainc pas le mal, il ne fait que s’ajouter au mal et le renforcer. Le mal n’est vaincu que par son opposé : l’Esprit, la vérité, l’émerveillement et la bonté. Le mal ne peut être éteint que par le bien, par la patience, par la souffrance, par l’amour seul. Pourtant, les hommes ne vivent pas selon la loi chrétienne — la loi de la raison, de l’humilité, du sacrifice de soi, du pardon et de l’amour fraternel — mais selon la loi animale, la loi bestiale, où l’on dit : « Celui qui peut, écrase les autres. » On peut concevoir qu’une personne emploie la force contre un malade fiévreux, contre un ivrogne, contre un fou, ou contre un enfant stupide, non pas pour lui faire du mal, mais pour éviter des troubles. On peut tolérer une telle violence comme un mal inévitable, la pardonner, la supporter, mais jamais la glorifier. Mais lorsque cette loi de la vie animale est élevée au rang de règle publique, proclamée comme loi pour tous, voire glorifiée comme prétendument divine, elle devient alors, pour l’homme raisonnable et surtout pour le chrétien, quelque chose de contraire à la nature, l’Antéchrist, le blasphème contre l’Esprit du Christ, un péché impardonnable. Le Christ et l’Antéchrist vivent depuis l’éternité comme deux forces opposées. Vivre selon le Christ, c’est vivre comme un être humain, aimer les hommes, faire le bien et répondre au mal par le bien. Vivre directement selon l’Antéchrist, c’est vivre comme un animal, n’aimer que soi, réagir au mal par le mal et au bien par le mal aussi. Plus, dans notre vie ordinaire, nous essaierons de vivre selon le Seigneur, plus il y aura d’amour et de bonheur entre les hommes. Plus nous nous laisserons guider par les enseignements de l’Antéchrist, plus la vie des hommes sera misérable. Le commandement de la non‑résistance au mal montre clairement deux chemins différents : le chemin de la vérité, le chemin du Christ, le chemin de la sincérité de la pensée et du cœur — c’est le chemin de la vie ; et un autre chemin : celui de la tromperie, le chemin du diable, le chemin de tout hypocrite — c’est le chemin de la mort. Même si la croix de la non‑résistance au mal nous effraie, même si l’idée de s’abandonner en sacrifice à un méchant nous fait peur, nous savons où se trouve le chemin du bien, le chemin du salut. Efforçons‑nous de le suivre et éclairons‑le par la lumière de notre compréhension, sachant que nous ne nous heurtons pas à un mur, mais qu’il y a une route et de la lumière devant nous. Ne pas résister au mal par la force ne signifie pas refuser toute protection de la vie et du travail, de soi et des autres. Cela signifie seulement que tout cela doit être protégé d’une manière différente, de telle sorte que cette protection ne soit pas contraire à la raison. Il faut protéger la vie et le travail des autres et de soi‑même en cherchant à éveiller, chez celui qui s’abandonne au mal, un sentiment de bienveillance. Et pour qu’un homme puisse faire cela, il doit lui‑même être doux et raisonnable. Si, par exemple, je vois qu’une personne veut en tuer une autre, la meilleure chose que je puisse faire est de me placer où est la victime, de la couvrir de mon propre corps, et, si je le peux, de la sauver, de la pousser loin du danger, de la cacher — comme je sauverais quelqu’un des flammes d’un incendie ou d’un naufrage. Soit je meurs à sa place, soit je la sauve. Si, dans le même moment, je me trouve impuissant, car je suis moi‑même un pécheur perdu, cette impuissance ne me donne aucun droit de réveiller la bête qui est en moi, ni de jeter le monde dans le désordre par le mal de la violence et sa justification.

Hêtre